Quelque part, dans ses livres, Genet compare le Mal aux
excréments ; et si la merde coule à profusion dans ses œuvres, c’est
qu’elle représente le Mal brut : car le Mal et la Merde supposent l’un et
l’autre l’insolente santé d’un estomac qui digère bien. Genet est un excrément,
et c’est comme tel qu’il se revendique. Mieux encore : c’est une quantité
négligeable. Qu’importe à la société quelques poux dans sa chevelure ? Un
méchant qui se veut tel ne parvient qu’à rehausser la morale sociale puisqu’il
confesse que le Mal est abominable. Il serait bien plus redouté s’il consentait
à se dire révolutionnaire. Genet serait alors digne de la haine des
bourgeois : il n’est que méchant. Ses souffrances, ses spasmes, et le
travail terrible qu’il fait sur soi ne parviendront pas à troubler le calme de
ces bonnes consciences. Il se torture en vain.
Jean-Paul Sartre : Saint Genet, comédien et martyr

Commentaires
Enregistrer un commentaire