À peine veut-il le mal particulier ou un motif pur de
vouloir le Mal, il tombe dans le cercle infernal, mais il s’en moque :
l’essentiel est de n’abandonner jamais la mélodie originelle. Puisqu’il est
dans le cercle, il tourne, il saute sans cesse d’un Mal à l’autre, d’un motif à
l’autre, des autres à soi, du Mal de la Conscience à la Conscience dans le Mal,
du supplice à l’exaltation joyeuse de la mort à la vie, de la vie à la mort,
sans jamais s’arrêter nulle part, en sachant clairement que le Pire ne se
laissera jamais rattraper, mais que, du moins, par ce mouvement infini, on le
fait exister par-delà son impossibilité même, comme l’ombre d’un idéal, et
qu’on se pose en face de l’être, de la vie, et des hommes comme une
insatisfaction infinie, comme une exigence irréalisable. Genet ne veut pas
seulement vouloir le Mal, il veut être le martyr de l’impossibilité de le
vouloir : non seulement, il décide de tenter le pire, mais il réclame
l’échec radical de sa tentative. Il aurait pu, comme certains grands
démoniaques, et Baudelaire lui-même, ou Lautréamont, se mettre sous la protection
de Satan.
Jean-Paul Sartre : Saint Genet, comédien et martyr

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