Il m’était nécessaire de noter pour ne pas oublier ;
non, je devais noter pour être tout court. Ces notes patiemment thésaurisées
étaient censées, dans leur ensemble, renvoyer une image, au moins celle de leur
auteur. Relues par la suite, elles traçaient le portrait d’un monde chaotique,
injustifiable, une image tellement différente de ce que j’aurais souhaité que
je les tenais avec crainte, ou même avec désespoir tout comme je le vivais avec
désespoir ; tout comme j’écrivais, déclarais et feignais tant d’autres
choses, qui ne verraient jamais le jour, n’atteindraient jamais la conscience
des membres de la Principauté, ni les aideraient en quoi que ce soit.
Andrzej Zulawski : La Forêt de marbre

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