« Et les ténèbres ne l’ont pas saisie »

 

Le soir de l’enfouissement de la pierre de fondation du premier bâtiment du Goethanum, on put croire que les puissances des ténèbres manifestaient leur opposition à ces projets. Au moment où la pierre, un dodécaèdre à double pentagone de cuivre martelé, fut enterré dans le sol, le ciel s’obscurcit, des grondements de tonnerre se firent entendre au loin, le vent se leva, des éclairs éclatèrent et le paysage que Steiner avait tellement aimé lors de sa première visite, se fit étrange et menaçant. Il se tourna vers les quatre points cardinaux pour annoncer au petit groupe que cette pierre représentait l’âme humaine en lutte, immergée tel un microcosme dans le macrocosme. Sous la pluie et les bourrasques de vent, dans la lumière déclinante (le groupe dut allumer de nouvelles torches pour continuer la cérémonie, Steiner en appela aux hiérarchies des êtres spirituels, afin qu’ils les assistent dans leur tâche, puis il parla avec effroi d’Ahriman, l’entité spirituelle qui travaillait à détourner l’humanité de l’évolution prescrite. Ahriman cherchait à brouiller notre vision, à répandre le chaos et à obscurcir notre perception de l’esprit. Steiner demanda aux hiérarchies de les aider, lui et ses disciples, à trouver la force de résister aux desseins d’Ahriman. Et il termina la cérémonie par une ancienne prière que Jésus avait apprise dans sa jeunesse lors de la célébration d’un mystère antique. Il espérait ainsi que ses auditeurs identifieraient les véritables ténèbres qui enveloppaient le monde.

Gary Lachman : Rudolf Steiner, une biographie

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