À la différence des artistes, qui, d’ordinaire, étayent
la beauté de la forme sur l’agrément de la sensation et taillent leurs monstres
même dans le marbre, Genet nous dénie toute jouissance ; le diamant qu’il
nous offre, il faut le chercher dans un crachat ; plus ses feux nous
attirent, plus la salive nous répugne ; si le joyau nous fascine, nous ne
pouvons oublier que notre main va toucher une substance ignobles. Pour trouver
la matité des perles aux odeurs viscérales de Mignon, il faut s’en remplir les
narines, et le moment où nous serons le plus près d’en apercevoir l’Orient sera
celui de notre plus forte nausée.
Jean-Paul Sartre : Saint Genet, comédien et martyr

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