Si Guénon a raison, eh bien, toute mon œuvre tombe.
Mais alors, d’autres tombent avec elle, et non des moindres. Je n’ai rien à
objecter à ce que Guénon a écrit. C’est irréfutable, mais les jeux sont
faits : je suis trop vieux. Et puis, j’aime passionnément la vie, la vie
multiple. Je ne consens pas à priver la mienne du plaisir qu’elle prend à la diversité
merveilleuse du monde, et pourquoi ? Pour sacrifier à une
abstraction : à l’Unité, à l’Unité indéfinissable ! Mais définir me
plaît par-dessus toute chose. Les êtres limités, les créatures périssables
seules m’intéressent et suscitent mon amour mais non pas l’Être éternel, l’Être
illimité. Je ne tiens pas du tout à m’y perdre, mais, bien au contraire, à m’y
conserver tant que je vis.
André Gide, in. René Guénon par Paul Sérant

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