Le solipsiste est un homme qui nie son existence
empirique au profit de son existence nouménale et sacrée ; pour le
solipsiste et pour Genet, Je est un Autre et cet Autre est Dieu. Ce curieux
compagnon que Genet s’est donné à hérité du Dieu chrétien ses pouvoirs sacrés,
il est le Sacré « en personne », et de Genet, la finitude. C’est un
interlocuteur bien sûr : Genet lui parle et le prend à témoin sans cesse.
Ce genre de dédoublement n’est pas rare chez les solitaires. Mais la fonction
essentielle de ce Pouvoir est de transformer, au fur et à mesure qu’elle se
déroule, l’histoire individuelle de Genet en histoire sainte, c’est-à-dire,
nous le verrons, d’en détruire l’historicité.
Jean-Paul Sartre : Saint Genet, comédien et martyr

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