Faux frère

 

Source : René Guénon par Paul Sérant, éditions Le Courrier du livre

La curieuse position de René Guénon sur les relations entre catholicisme et franc-maçonnerie avait intéressé un journaliste catholique, M.A. Clairin de la Rive, qui dirigeait une revue intitulée La France antimaçonnique. N’était-il pas important de renouveler la polémique antimaçonnique en attaquant les Maçons au nom de leurs propres principes ? Et c’est ainsi que l’on vit, du milieu de 1913 jusqu’à la guerre, ce paradoxe : le maçon René Guénon collaborant, sous le pseudonyme Le Sphinx, à un périodique antimaçonnique.

Mais, comme on peut l’imaginer, les articles de René Guénon provoquèrent des réactions indignées tant du côté catholique que du côté maçon. Les catholiques les plus intransigeants (ceux qu’on appellerait aujourd’hui « intégristes ») virent en Guénon un serviteur particulièrement subtil de la haute maçonnerie « luciférienne » n’attaquant la « secte » que pour mieux la défendre : et la Revue Internationale des Sociétés secrètes, fondée par Mgr Jouin, ne cessa jusqu’à sa disparition (peu avant 1939) de mettre ses lecteurs en garde contre l’auteur du Symbolisme de la Croix.

De leur côté, les Maçons « modernistes » s’épouvantèrent de ce frère qui les invitait à répudier le laïcisme et à retrouver la métaphysique traditionnelle : et l’on répandit dans les Loges le bruit que Guénon était un « agent des Jésuites. » Les amis de Guénon soulignent qu’il ne fut jamais exclu de la maçonnerie régulière ; ce qui semble certain cependant, c’est qu’après la guerre de 1914-1918, qui avait mis les Loges « en sommeil », Guénon ne participa jamais aux activités maçonniques.

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