Guénon ne tarde pas à penser que si, contrairement aux
organisations occultistes, la Maçonnerie contient une « transmission
initiatique réelle », cette société n’en a pas moins subi une très
profonde dégénérescence spirituelle depuis le XVIIIe siècle. Il est
inconcevable selon lui que la plupart des maçons professent un matérialisme
scientiste et évolutionniste et adoptent une attitude hostile à l’égard de la
religion, et plus particulièrement à l’égard du catholicisme, seule religion
traditionnelle de l’Occident. Une société initiatique, pense Guénon, ne peut
pas être antireligieuse : elle a pour fonction de procurer à l’élite
l’accès à la Connaissance métaphysique intégrale (ésotérisme) tandis que la
religion dispense à tous le minimum de vérité indispensable au salut
(exotérisme) Tel est l’ordre traditionnel des choses, auquel Guénon est
désormais rattaché. Mais en Occident, la dégénérescence de la maçonnerie a
provoqué une inversion des rapports normaux entre ésotérisme et exotérisme.
C’est l’Eglise catholique qui conserve seule ce qui reste de métaphysique
traditionnelle. Une double action est donc nécessaire, pense Guénon, il faut
d’une part ramener les maçons à la compréhension de leurs principes et à la
conscience de leurs fonctions et d’autre part, faire admettre aux catholiques
qu’ils ont tort de combattre la maçonnerie en tant que telle et qu’ils doivent,
tout en luttant contre les maçons « dégénérés », souhaiter la
restauration d’une maçonnerie authentique.
Paul Sérant : René Guénon

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