L’Aurore annoncerait-elle,
dans sa réitération, la multiplicité des temps ? Et plus encore, d’autres
aurores, passées ou naissantes ? En est-elle le gage lorsqu’elle
s’absente, qu’elle ne paraît pas, quand elle se refuse, comme il arrive à
l’amour qui lorsqu’il se refuse doit être en même temps gage et promesse
d’autres mondes, d’autres songes, d’autres êtres, et jamais le néant ni le
vide ? Bien que le vide même où apparaît soit à son tour cela, ce qui se
manifeste — être, être d’autre façon, ou être en vérité, ou au-delà de la
vérité ou de l’être —, le vide et la beauté annoncent aussi quelque chose qui
ne se perd pas, et non plus se donne. Elle est ainsi, nous le pensons du moins,
seule entre tous les dieux et les paroles qui un jour furent comme des dieux.
Elle est, nous semble-t-il, la seule qui demeure en cette condition, elle,
l’Aurore.
Maria Zambrano : L’Aurore

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