« Qui aurait cru que je tenais ainsi à la
vie ? De monstres en monstres, de chenilles en larves géante, j’allais me
raccrochant. » Plongé dans les ténèbres abyssales, l’être croit donc
trouver une issue à son angoissante appréhension du néant dans le problème
psychique de la création délirante ; il s’agit d’ailleurs tout autant d’un
acte visionnaire que créatif au sens propre du terme. « Le noir est ma
boule de cristal. Du noir seul, je vois la vie sortir. » Mais cette vie
qui sourd des ténèbres revêt les formes les plus monstrueuses, les plus
hideuses, en un mot les plus angoissantes. C’est que les créatures infernales à
la Jérôme Bosch naissent, ne l’oublions pas, de l’angoisse elle-même. Ainsi que
le note Gilbert Lascaux : « La genèse des monstres s’opère sous le
signe de l’angoisse. »
François Trotet : Henri Michaux ou la sagesse du vide

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