Pour Michaux, la mort est tout d’abord
le terme attendu de cette existence mal vécue, vécue en porte-à-faux. Elle est
l’aboutissement du parcours événementiel, issue finale à ce « mal de
vire » de l’être « mal vivre » qui est d’ailleurs comme un appel
lancé, et qui, dans une certaine mesure, la détermine, la provoque. « Tu
viendra appâté par mon gâchis, mon odieuse autonomie. » Dans l’Épave aux
ombres, le poète trace une description d’un état intermédiaire dans lequel
l’être se trouve plongé après la mort (assez proche de celui que connaît l’âme
« errant dans le samsâra » du Livre des morts tibétains)
Lambeaux à vifs d’êtres qui n’attendent que l’instant de la délivrance suprême
où ils seront happé par la Mort Véritable… « Et toujours derrière
l’instant de l’attachement décisif comme un grand cliché noir. » Pour ces
âmes errantes de « l’espace aux ombres », la mort est une libération
à laquelle elles aspirent et qu’elles ne cessent d’appeler de leurs vœux :
« Plutôt encore mourir totalement,
n’être plus rien, rien de rien. »
François Trotet : Henri Michaux ou la sagesse du vide

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