Carrouges empruntait l’expression théologique
« corps glorieux » à Jacques Rivière qui l’avait significativement
associé à « l’art de s’engendrer soi-même » dont avaient témoigné les
avant-gardes depuis le symbolisme, mais surtout les collaborateurs de Dada et
du surréalisme. L’utopie du corps de gloire s’accompagnait en outre d’une
hétérotopie, car au corps transfiguré ne saurait bien entendu convenir le monde
étriqué du commun des mortels : « Il faut qu’en même temps le
monde change et soit glorifié… La naissance du corps glorieux ne fait qu’un
avec la naissance du monde des merveilles. » Pour Foucault, ce monde
des merveilles sera « le pays des fées », « le pays ou les corps
se transportent aussi vite que la lumière. » Carrouges nomme aussi
« wonderland » l’espace qui s’ouvre à l’action du surhomme. S’il
écrit à une époque où la cybernétique n’a encore laissé entrevoir aucun autre
monde supérieur, parallèle, immersif, les transhumanistes sauront trouver une
formule bien proche pour situer notre avenir « post-biologique »,
voire « surnaturel » : il se produira, selon Moravec, ni plus ni
moins que le « monde magique à venir. »
Arnauld Pierre : Machines célibataires

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