« Voilà ce que c’est de lire toute cette saloperie de science-fiction »

 

Au début de ce livre, je parlais du premier roman de science-fiction qu’il m’avait été donné de lire, Métallopolis, paru en 1941, dans l’hebdomadaire Robinson. J’écrivais : « Si mes souvenirs sont exacts, on y décrivait une cité métallique fabuleuse peuplée de robots. » J’ai eu la curiosité, depuis, de recherche Métallopolis dans ma collection de Robinson, et de le parcourir. La vérité m’oblige à dire qu’il n’y avait aucune cité métallique et pas le moindre robot. Il s’agissait bien d’un roman de SF mais mon jeune esprit, après coup, avait imaginé ses épisodes les plus extraordinaires. On peut trouver là, je pense, l’un des éléments qui ont permis à la science-fiction de se développer en genre littéraire autonome. Mieux que tout autre, elle permet à l’imagination des amateurs de recréer dans un rêve éveillé les merveilles qu’il lui a été donné de lire, de prolonger cette lecture au-delà même de ce que comportait le récit. C’est là le fameux « sense of wonder » dont parlent les fans d’outre-Atlantique, qui caractérise le fan de SF et fait de lui plus qu’un véritable lecteur, une sorte de drogué (sic) qui se perd totalement dans les œuvres qu’il aime.

Jacques Sadoul : Histoire de la science-fiction moderne

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