Ce premier homme vivant transforme soudain en réalité
le paysage irréel où je vais. Il en
émerge devant moi, très grand, très singulier, pareil à un barbare, dans sa
capote couleur de pénombre ceinturée de cuir, barrée en X sur le torse par les
courroies de lourdes musettes qui battent ses hanches. Une face osseuse, où
luisent dans les creux d’ombre des prunelles perçantes de guetteur, m’apparaît
un instant sous le casque bosselé qui porte, gris sur gris, une grenade
flambante. Nos pas sonore se confondent. Le premier homme que j’aperçois au
seuil du monde est l’homme des tranchées.
Victor Serge : Les Hommes dans la prison

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