Spice di counasse !

 

J’ai bien connu Perchot. J’ai eu peine à le reconnaître dans ce masque émacié. Depuis longtemps, personne n’aurait pu reconnaître en lui le valet de ferme aux reins puissants qui était entré un soir de soulerie dans une maison close. Jamais il n’avait plus comprendre depuis ce qui s’était passé en lui tandis qu’il se couchait sur la femelle passive, indifférente, mais que l’effroi réveillait à voir larges, dures, embrasées, les prunelles du mâle. Quand on la lui montra ensuite les seins et le ventre ravagés à coups de couteau et qu’il vit son couteau de poche rouge jusqu’au manche, retenant à l’anneau des filaments de chair, ce fut à peine s’il comprit. « Pourquoi que t’as fait ça ? » lui demandait-on ? Il répondait « Chais pas… J’peux pas croire qu’j’ai fait ça. » Rien ne subsistait dans cette pauvre tête osseuse et blanche du mufle charnu de l’autre. Rien ne subsistait depuis des années, chez ce jeune gars inoffensif, de la brute passionnée qui avait tué. Perchot payait le crime d’un ancêtre.

Victor Serge : Les Hommes dans la prison

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