Vivre, c’est aspirer sans
fin à autre chose, sans permettre que la psyché à l’abandon cède au
repos ; c’est qu’elle soit toujours éveillée et réveillée, et parfois des
rêves ou des songes les plus beaux, par cette rumeur qui est la sienne. Car en
vérité, qui réveillera celui qui a fait un heureux songe, celui qui voit ou
entrevoit son destin, ou bien le dépasse en le transcendant, si ce n’est la
rumeur de la psyché. Que de fois celui à qui une telle chose arrive l’attribue
par erreur à un détail infime, et quotidien, qui se dresse devant lui, comme un
orage intempestif, ou comme une inquiétude de son propre cœur, à l’inhibition
si disposée à ouvrir tout abîme, en particulier celui de l’oubli ou du
délaissement qu’il y eut, par exemple, au Jardin des Oliviers. La psyché se
change alors en disciple et s’endort, elle cesse de murmurer, tout se tait.
Elle s’étreint de ses deux bras, pour se réveiller, et si elle se réveille,
dans une situation imprévisible, imprévue, inédite, « si j’avais
su », « si on nous avait avertis », « on ne nous a pas
prévenus », « nous ne le savions pas »…
Maria Zambrano : L’Aurore

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