Satanisme bon enfant

 

Source : Le projet satanique d’Anton LaVey, bible de l’Amérique, interview de Cédric Monget, in. Éléments hors-série, numéro 4 : Notre meilleur ennemi, les États-Unis, de l’Oncle Sam au phénomène Trump.

L’égoïsme d’Ayn Rand est celui du satanisme de LaVey, puisque c’est de Rand que LaVey le tient, ce dont il ne se cache pas. Toutefois, il est exprimé avec moins de retenue et n’est que très rarement accompagné des justifications morales que l’on trouve parfois chez les randiens. Ces derniers, dans la logique de la fable de Mandeville, expliquent que la somme des égoïsmes privés contribue à l’amélioration du sort de tous. Les satanistes, eux, n’accordent aucune importance à cet aspect des choses. Du matérialisme découle le relativisme, et du relativisme une forme de subjectivisme. C’est l’une des clefs du satanisme lavyen.

Le sataniste est égoïste parce que seul son propre sort le concerne ; il n’est soucieux du sort de ses proches, de ceux qu’il aime, uniquement en ce qu’ils participent à son propre bonheur. Il n’y a pas de réalité objective. Certes, il n’y pas de négation absolue de l’autre, mais une morale minimale qui repose sur des présupposés analogues à ceux que Lovecraft évoquait pour l’art ; seule l’esthétique peut donner, pour soi et que pour soi, un sens au monde. On ne doit nuire ni aux animaux ni aux enfants, d’abord et avant tout parce que c’est inesthétique, que c’est une marque de faiblesse, etc.

Ainsi, paradoxalement, si le satanisme de Lavey semble défendre un égoïsme plus extrême que celui des randiens, ce n’est pas forcément vrai. Leur souci esthétique débouche sur une morale, tandis que, dans le randisme, la limite à l’égoïsme est dans le contrat, et, en dernière instance, dans sa propre conséquence. Pour le dire autrement, la limite à l’égoïsme est interne dans le satanisme, externe dans le randisme.

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