L’existence des Vierges noires n’est
pas un cas isolé dans l’histoire de l’imagerie religieuse : dans plusieurs
traditions l’on rencontre des entités divines représentées avec un visage ou un
corps noir. Tel est le cas, dans la Grèce antique, de divinités féminines
vénérées sous cette forme, en certains lieux ou en certaines
circonstances : ainsi la Déméter melaïna (noire) de Phigalie, près de
Bassac, en Arcadie, l’Aphrodite melaïna honorée par les Corinthiens, et les
Thespiens de Béotie et, surtout l’Artémis d’Éphèse dont nous aurons maintes
fois à reparler. En Égypte, il existait une Isis noire attestée par les textes
hiéroglyphiques sous le nom de « la femme noire » ; en Inde,
c’est la grande déesse Kali, dont le nom signifie précisément « la
Noire » Ce sont surtout des entités féminines qui sont représentées sous
cette couleur : il existe, néanmoins, quelques exemples de dieux noirs.
Osiris, en Égypte, est parfois appelé le « Grand Noir », probablement
en rapport avec le taureau sacré auquel il était parfois assimilé, et, en Inde,
Krishna et Shiva. Mais il faut bien le remarquer, c’est seulement en certaines
circonstances, et sous certains rapports que les êtres divins sont montrés, ou
appelés noires, tandis que, dans d’autres cas, plus habituels, ils sont blancs.
Jean Hani : La Vierge noire et le mystère marial

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