Ne puis-je m’imaginer que
les hommes qui m’entourent sont des automates, qu’ils n’ont pas de conscience,
même si leur manière d’agir reste la même qu’à l’ordinaire ? Si maintenant,
seul dans ma chambre, je me représente une telle situation, je vois les gens
vaquer à leurs occupations, le regard fixe, un peu comme en état de transe…
l’idée est peut-être légèrement inquiétante. Mais essaie donc de t’en tenir à
cette idée dans tes relations quotidiennes avec les autres dans la rue par
exemple ! Dis-toi : « Tous ces enfants ne sont que des
automates ; toute leur vitalité n’est plus qu’automatisme. » Alors,
ces mots ne te diront plus rien, ou il naîtra en toi un sentiment d’étrangeté, ou
quelque chose de voisin. Voir un homme vivant comme un automate est analogue à
voir une autre figure comme cas-limite ou comme variante d’une autre, par
exemple la croisée d’une fenêtre, comme un svastika.
Ludwig Wittgenstein : Recherches philosophiques

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