Source : Machines célibataires : la fabrique du posthumain par Arnauld Pierre, éditions Macula
Natasha Vita-More, l’autrice sulfureuse du
Transhumanist Manifesto, l’épouse de Max T. O’Connor, alias Max More,
c’est-à-dire Max « Plus », Max augmenté, le futurologue britannique
et promoteur d’une version aussi précoce que radicale du transhumanisme
libertarien, publicisée dès 1990 sous le nom d’extropianisme. Come son nom
l’indique, l’extropianisme prétend renverser, au moyen de la science et de la
technologie, le cours des processus entropiques, dont font partie le
vieillissement et la mort biologique : l’existence pourra se prolonger
indéfiniment grâce à la bio-ingénierie et aux nanotechnologies, ainsi qu’au
téléchargement de l’esprit sur des supports informatiques toujours actualisés.
Le Manifeste transhumaniste est quant à lui tout aussi
précoce puisque sa première version date de 1983, soit deux ans avant celui de
Donna Haraway, que Vita-More ne pouvait donc pas connaître. Ses versions
suivantes, en revanche, ne manquent pas de faire référence à la papesse du
technofuturisme, dont elle reprend presque mot pour mot le début de sa
définition du cyborg pour qualifier ce qu’elle entend par transhumain :
« Le transhumain est un organisme biologique technologique, une
transformation de l’espèce humaine qui continue d’évoluer avec la
technologie. »
Comme le cyborg harawayen, le transhumain de Vita-More
est une créature fluide qui ne reconnaît pas la notion de « nature humaine
universelle », mais soutient le « dépassement des biais non
pertinents d’âge, de race, de genre, d’apparence, de religion, de croyances, de
statut politique social », avec une insistance particulière et répétitive
sur « la diversité de genre afin d’inclure plutôt que d’exclure une
conscience développée de la multiplicité potentielle des options sexuelles et
de genre. »
Le Manifeste transhumaniste s’est en outre accompagné
d’un projet de Primo Posthumain, lui aussi toujours remis sur le métier depuis
sa première version de 1996 : un cyborg doté d’un méta-cerveau dopé à l’IA
et aux nanobots, une « peau intelligente » dotée de toutes sortes de
possibilités de réaction aux modifications de l’environnement ainsi qu’aux agressions
extérieures et dissimulant une « couche interne » de systèmes de
régulation du sang et des organes vitaux.
En attendant l’événement de ce premier post-humain, Vita-More aura appliqué à sa propre personne les recettes bien connues de l’augmentation et de l’éternelle jeunesse par l’ordinaire de la chirurgie esthétique, du silicone et des compléments alimentaires, pour se mettre en scène avec un physique de Lara Croft dans des photographies bien peu dégenrées.

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