Source : Le Messie militant ou la fuite du ghetto, histoire de Jacob Frank et du mouvement frankiste par Arthur Mandel, édition Archè, relecture en cours.
Jacob Frank se voyait à la tête d’une armée de dix
millions de Juifs et d’un million de gentils, les officiers n’avouant aucune
religion, tous vêtus de rouge, la couleur de la vengeance. Des années plus
tard, les « uhlans » hussards et cosaques de Frank porteraient effectivement
surtout des uniformes rouges.
Cette mentalité et cette éducation firent que beaucoup
de frankistes choisirent une carrière militaire et souvent accédèrent à de
hauts grades. Joseph Jakubowski et Ignace Majewski furent généraux dans l’armée
polonaise révolutionnaire de 1794, ainsi que Jacob Jasinski, un poète et
écrivain talentueux, qui préconisait un libertinage frankiste typique, et
écrivit des pamphlets mordants contre le clergé et la noblesse. Proclamé
dictateur de Pologne par les Jacobins polonais, il fut tué pendant le siège de
Varsovie mené par les Russes, en 1794. Participa aussi au soulèvement une
brigade juive, non frankiste, sous le commandement du colonel Berek
Josselewicz.
Plusieurs frankistes se distinguèrent au service de Napoléon Bonaparte : Jacob Lewinski chef d’Etat Major de la cavalerie polonaise ; Alexandre Matuszewicz, général d’artillerie ; le général Jan Dembowski, qui devint gouverneur de Ferrare ; et le général Joseph Szymanowski. Lors de l’insurrection de 1830, le général Jan Kryzinski, fils de Leib Krysa, le lieutenant de Frank susmentionné, tint plus longtemps contre les Russes que tout autre commandant polonais ; son frère Xavier fut commissaire général des forces polonaises. De nombreux frankistes prirent également part à la révolution de 1863, parmi eux le général Anton Jezioranski ; son cousin Jan fit partie du gouvernement révolutionnaire dont tous les membres furent pendus par les Russes.
Adalbert (Wojciech) Jakubowski, aide de camp de Louis XV, était frankiste, comme le comte Maurice Hauke (c’est probable ; dans tous les cas, c’était un juif baptisé) qui prit part à la révolte de 1793 ; il était chef d’État-Major de la légion polonaise qui combattit pour Napoléon et, plus tard, sous nomination du Tsar Alexandre Ier, ministre de la guerre de l’éphémère principauté de Pologne ; il fut tué par les insurgés polonais en 1830. Son petit-fils épousa une fille de la reine Victoria et fonda la maison anglaise des Battenberg-Mountbatten. Les Doenme engendrèrent ainsi quelques talents militaires, parmi lesquels le général Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne.

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