Source : Une histoire naturelle des sons, notes sur l’audible par Caspar Henderson, éditions Les Belles lettres.
Dans un poème, Douglas Dunn raconte qu’il tombe par
hasard sur ses notes et des brouillons de jeunesse et qu’il trouve parmi eux un
premier vers sans suite : « C’est comme d’écouter un
arc-en-ciel » La comparaison est saisissante et tout à la fois magnifique
et absurde.
La beauté de ce vers est évidente. On n’a pas besoin de
connaître la notion de synesthésie, que revendiquait le russe Vassily Kandinsky
en affirmant que, pour lui, la musique et les sensations de couleur étaient
inextricables, pour éprouver que de fortes émotions suscitées par une vision,
ou par un son, s’associent intérieurement à des impressions qui relèvent de
l’autre domaine sensoriel. Cela peut même arriver à quelqu’un d’aussi grognon
et peu accommodant que moi, comme ce fut le cas à l’occasion d’un « bain
de gong », une méditation sonore qui consiste à s’asseoir ou à s’allonger
devant un gong et à laisser déferler sur vous les sons retentissants du plateau
de métal.
Malgré mes préjugés et un esprit qui bondit sans cesse
comme un singe bourré d’amphétamines, les vibrations qui se propageaient
doucement à travers mon corps m’ont procuré une sensation de bien-être et j’ai
commencé à visualiser, dans mon esprit, une grande nappe d’eau qui coulait sur
une paroi rocheuse en plein soleil.
Mais, d’un autre point de vue, le vers du poète
écossais n’a absolument aucun sens : la lumière est une onde
électromagnétique, et, comme telle, elle se propage dans le vide, à la
différence du son.
La lumière d’un arc-en-ciel n’émet aucun bruit.

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