Lorsque je disais autour de moi que j’écrivais un livre
sur le son et le bruit, on me demandait assez souvent si un arbre fait du bruit
quand il tombe dans une forêt et qu’il n’y a là personne pour l’entendre. La
réponse à cette question est tout bonnement oui : quand un arbre s’écrase
au sol, il envoie des vibrations sonores dans l’air, que quelqu’un soit à
l’écoute ou non. C’est précisément ce en quoi consiste le son, mais, d’une
certaine manière, on peut aussi répondre non à cette question puisque le son
tel que nous le concevons d’ordinaire est l’expérience d’un être sensible, et
nous sommes portés à croire que les arbres et les rochers ne sont pas
sensibles, tout au moins pas de cette façon. Cette pensée tacite, peut-être
inconsciente, tient, me semble-t-il, à la préoccupation suivante : le
monde continuera-t-il véritablement à tourner sans moi ? Il est difficile
de se faire à l’idée que le monde continuera à tourner sans la conscience à
laquelle nous, en tant qu’individus, nous accrochons si souvent. Comme
l’écrivait le naturaliste allemand Alexander von Humboldt en 1800 : « Cet
aspect d’une nature animée dans laquelle l’homme n’est rien a quelque chose
d’étrange et de triste. »
Caspar Henderson : Une histoire naturelle des sons, notes sur l’audible

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