Source : De l’éperdu par Annie le Brun, éditions Stock, réédition Folio Gallimard
Nous devons de pouvoir lire les cinq cahiers du Nouveau
monde amoureux au travail remarquable de Simone Debout, qui les a
découverts, annotés et présentés, en 1967, longtemps après que les disciples
scandalisés avaient « omis » de les publier alors qu’il s’agissait,
comme l’indique le manuscrit, d’une Synthèse finale.
En effet, depuis toujours convaincu que « le
bonheur sur lequel on a tant discuté consiste à avoir beaucoup de passions et
beaucoup de moyens pour les satisfaire » mais aussi que « l’amour est
la plus belle des passions », Fourier y reverse complètement la perspective
pour rêver le monde du libre déploiement de toute les passions détournées,
engorgées ou occultées, qu’il a pu observer dans les pratiques amoureuses des
civilisés ; qu’il s’agisse de l’inceste, du saphisme, de la pédérastie ou
de ce qu’il appelle orgies : parties carrées, sextines, octaviennes…
Son projet est aussi simple que bouleversant :
c’est à partir de la diversité infinie de nos « manies amoureuses »
et « fantaisies lubriques » qu’il entend nous faire accéder à
« un nouveau continent moral. » Car, pour lui, n’y a pas de passions
vicieuses, il n’y a que de vicieux développements.
Non qu’il veuille changer les passions. Il ne cherche au contraire qu’à leur rendre leur plein essor. Métamorphose qui est autant l’affaire de tous que de chacun, pour la bonne et unique raison à ses yeux que « chacun a raison en amour puisqu’il est la passion de la déraison. » Et c’est bien pourquoi il se livre à la plus minutieuse analyse de cette richesse passionnelle dont seule l’extrême finesse est garante de la liberté du nouvel ordre social qu’il imagine.

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