Boîte à musique

 

La fonction de poupée sexuelle tenue par Rosabella n’est en rien dissimulée par le réalisateur : en s’attardant sur son anatomie dans le lit où Casanova l’a couchée après les préliminaires constitués par cette danse de séduction, la caméra dévoile une nouvelle origine du monde, qui passerait par d’autres voies, peut-être, que les voies biologiques. La séquence de Rosabella met en scène un épisode totalement inventé des mémoires de Casanova, qui marque l’apogée de sa sexualité mécanique, telle qu’elle est parodiée par le réalisateur : dont on sait qu’il avait peu d’estime pour son sujet. Les scènes d’accouplement y sont stylisées dans le sens d’une mécanisation totale de l’acte sexuel, montré dans ce qu’il a de plus répétitif, où le séducteur est systématiquement soutenu et accompagné dans ses effets par la boîte à musique qu’il place toujours à ses côtés en ces occasions : une sorte d’oiseau mécanique qui bat des ailes en mesure, faisant entendre une horripilante ritournelle, allongeant et rétractant son cou au rythme des mouvements de son maître, dont l’état de sex machine, littéralement, éclate ainsi aux yeux du spectateur.

Arnauld Pierre : Machines célibataires, la fabrique du posthumain

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