Apostrophe innommable

 

Soit l’apostrophe de Rimbaud : « Ô saisons, ô châteaux… », saisons et châteaux ne sont pas ici simplement apostrophés et nommés en tant que présents et contemporains de l’instance de discours qui les mentionne. L’invocation ne remonte pas seulement en arrière dans le temps vers une nomination originaire immémoriale vers les innombrables instantes de discours qui ont répété et qui répéteront ces noms. La voix ici n’appelle pas et ne nomme pas une chose, mais le nom lui-même, elle n’indique pas l’événement d’un discours en acte, mais l’avoir lieu du langage lui-même. Le vocatif commémore, c’est-à-dire tout uniment invoque et révoque, dans le langage cette apostrophe innommable. Il est le cas de la voix.

Giorgio Agamben : La voix humaine

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