« Solitude is not given, it is earned »

 

Il entendait par « rupture » une manière supérieure de se dérober aux rapports empiriques. Le monde était ainsi pour lui comme une salle possédant beaucoup de portes que chacun utilise, mais en possédant d’autres qui ne sont visibles qu’au petit nombre. De même que dans les châteaux, à l’arrivée des princes, on ouvre certains portails d’ordinaire jalousement fermés, devant les hommes au vaste génie les portes invisibles s’ouvrent. Elles sont comme les joints du grossier édifice du monde, où ne peut se glisser que la force la plus déliée, et tous ceux qui jamais la franchirent se reconnaissent à des signes cachés. Qui sait utiliser de la rupture connaît, au milieu des villes énormes, dans le mouvement tourbillonnaire, la rayonnante accalmie de la solitude. Il pénètre dans des chambres revêtues de murs protecteurs, où la pesanteur est moins puissante, où le temps cesse ses attaques. La pensée ici est plus aisée ; l’esprit récolte en un instant des fruits qu’en d’autres temps des années de labeur ne lui eussent point donnés.

Ernst Jünger : Le Cœur aventureux

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