Source : Le Messie militant ou la fuite du ghetto, histoire de Jacob Frank et du mouvement frankiste par Arthur Mandel, édition Archè, relecture en cours.
Toutes ces sectes avaient une chose en commun :
l’élément féminin qui faisait défaut dans le monothéisme strict des Juifs et
dans la Trinité chrétienne et qui ré-émergea pendant le Moyen Âge avec la
kabbale et le culte de Marie. Jacob Frank trouva le concept de la trinité
mystique dans la Kabbale et les enseignements de Doenme et il lui donna la
forme de l’union de l’Un Sacré primordial (Attika Kadisha, la cause de toutes
les causes), le Saint Roi (Malka Kadisha), le Messie ou Santo Senior, lui-même
et la Grande Mère Matronita Elyona, la femme de Frank, et après la mort de
celle-ci, sa fille Eva.
La contrepartie féminine du Messie existait déjà pour
Sabbataï Zevi dans la personne de la fille juive polonaise Sara, une rescapée
du massacre des Juifs par les Cosaques, qui avait atterri dans un bordel de
Livourne. Là, Sabbataï Tsevi leur apparut en rêve pour en faire sa fiancée et
finalement son épouse, exactement comme Simon le Magicien, le grand-père de
tous les hérétiques, qui trouva aussi sa fiancée céleste Hélène dans un bordel.
Frank réserva le rôle de Messie féminin à sa vie qui après sa mort prit la tête
de la secte.
Et encore, en 1823, une délégation saint-simonienne fit
la tournée des communautés juives de Turquie en quête du messie féminin et
vierge mère pour l’emmener à Paris, avec le Messie mâle, le Père Enfantin, elle
devait apporter le salut au genre humain.
Le Saint-Simonisme a d’autres affinités avec le frankisme, c’est-à-dire la conception messianique de l’abolition du péché et de la réhabilitation de la chair anti-paulinienne. Peut-être cela était-il dû à l’influence de certains saint-simoniens d’origine frankiste. Le plus important d’entre eux était Jean Czynski, réfugié à Paris après l’insurrection polonaise de 1830 et qui associait la libération de la Pologne à celle des Juifs.

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