Pour l'oubli

À part les travaux de l’esprit, rien ne m’attache à l’existence. Je fis toujours profession de mépriser les voluptés, ma chair n’est pas à moi, mon sexe est à mes yeux un étranger, et l’idée que certains l’aient appelé leur frère me semble une aberration. Ni la douleur ni le néant m’effrayent et le second a pour moi bien des charmes, quand je me représente mon entière dissolution, je ne puis m’empêcher de rire et deux fois quand je songe à l’épouvantement des belles âmes prétendues chrétiennes si furieusement charnelles que mille millions d’années d’extase ne sauraient les satisfaire sur l’article.

Albert Caraco : Ma confession

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