Source : Chemins de la cabale, vingt-cinq études sur la mystique juive par Charles Mopsik, éditions de l’Éclat
Même si, comme plusieurs ont tenté de le démontrer, la
démarche de Scholem s’inspire du concept hégélien d’un rythme historique
ternaire, thèse, antithèse, synthèse, chaque époque étant regardée à la fois
comme l’annonciatrice de la suivante et comme étant dépassée par elle, ce
système de pensée dialectique s’est toujours voulu collé à l’histoire,
emporté par son mouvement, tentant d’analyser ce qui s’est passé et non sa
propre modélisation des faits.
L’approche de Moshe Idel est de type scientifique au
sens où la science ne dit rien des choses mais étudie les modèles qu’elle
élabore à leur sujet, tandis que l’approche de Gershom Scholem est de type
politique au sens où la politique dit ce que sont ou ont été les choses. Il ne
faut voir dans ces propos ni jugement de valeur, ni de jugement de vérité. Il
est utile cependant de discerner la rupture épistémologique que Moshé Idel
introduit, peut-être à son insu, dans ce qu’il a dénommé par une formule qui
nous paraît trop faible : « Nouvelles perspectives…. »
C’est moins une nouvelle perspective qu’il introduit qu’une autre pratique de pensée, partant de la découverte que ce n’est jamais le fait religieux qui est le fait analysable en tant que tel, mais le ou les modèles théoriques qui ont été construits par approximations successives à partir des discours préexistants et des contraintes rencontrées sur le terrain. Pour M. Idel, l’objet est une contrainte, un obstacle rencontré sur le terrain alors que pour G. Scholem, l’objet est un élément du système.

Commentaires
Enregistrer un commentaire