Source : Chemins de la cabale, vingt-cinq études sur la mystique juive par Charles Mopsik, éditions de l’Éclat
Dans une série de textes, en particulier, ceux du
cabaliste médiéval Abraham Aboulafia et de son école, il est parlé du messie
comme de la réalisation spirituelle de l’individu au moyen d’un passage de la
puissance l’acte à l’acte de son intellect. Le salut de l’âme individuelle, la
rédemption de l’homme, en tant que pur esprit détaché de la matière et de
l’histoire, constitue le fondement de ce « modèle mystique » que
Moshe Idel oppose à ce qu’il appelle le « modèle mythique. »
Ce dernier comprend les formes les plus couramment
mises en avant par les historiens du judaïsme et comprend aussi bien le
sabbataïsme (ou tout au moins ses formes populaires) que le sionisme moderne.
Ces deux modèles du messianisme juif que Moshe Idel voit à l’œuvre depuis
toujours au sein du judaïsme moderne le dominent tour à tour, leur alternance
procédant de raisons sociologiques auxquelles il est fait très rapidement allusion,
sans que la moindre esquisse d’explication ne soit tentée…
Les deux modèles du messianisme juif se retrouvent donc
dans l’opposition conventionnelle entre mythe et raison. Ainsi, l’histoire est
un genre particulier de l’espèce « mythe », tandis que le salut de
l’âme individuelle et l’expérience de la fusion avec le divin relèvent de la
sphère du Logos.
Alors que Gershom Scholem voyait dans le mouvement
hassidique du dix-huitième siècle en Europe de l’Est une tentative de
naturalisation du messianisme historique mis en avant par le sabbataïsme, Moshé
Idel conteste à Scholem le droit de considérer que seul le messianisme
historique est le « vrai messianisme » et c’est à cette occasion
qu’il fait état des intérêts idéologiques de Scholem et de son engagement
sioniste comme ayant déterminé ses recherches sur le messianisme dans le sens
qu’il leur a donné.
Découvrant un tout autre messianisme, M. Idel le constitue comme modèle extra-historique d’une forme récurrente de messianisme dans l’Histoire juive. Ce « modèle spirituel » où le messianisme est référé à des expériences mystiques est tout a long de son livre mis en opposition avec le modèle mythique, et c’est lui qui retient particulièrement l’attention de M. Idel. Il déplore que le chercheur moderne ait toujours préféré concentrer ses efforts sur les aspects visibles, publics, collectifs et historiques de ce messianisme qui, selon lui, révèlent son caractère vraiment spécifique.

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