Les hommes préfèrent les robotes

 

Source : Machines célibataires : la fabrique du posthumain par Arnauld Pierre, éditions Macula

Le Robbie de l’affiche n’est pas le Robbie du film : la relation entre le robot et l’héroïne n’est pas celle de la prédation sexuelle, mais de la relation complice et affectueuse entre une femme enfant et une machine obéissante et même prévenante envers sa maîtresse dont elle exécute tous les caprices, comme la fabrication de nouvelles tenues ou de bijoux de pacotille.

Pourvoyeur de boissons et d’aliments synthétiques qu’il fabrique dans sa carapace, Robbie est une sorte de petite usine automatisée dont la fonction nourricière peut faire s’interroger sur le rôle de genre dont il est investi.

La question est d’ailleurs posée dès les premières minutes du film par les membres de l’expédition terrestre qui s’est posée sur la planète Altaïr IV et que Robbie vient accueillir : « Est-ce un mâle ou une femelle ? » demande l’un d’eux, à quoi le robot répond que la question est sans objet en ce qui le concerne, mais sa prévenance à leur égard, quand il les emmène chez son créateur, le professeur Morbius, leur fait dire qu’il est pour eux comme une mère ; et quand Morbius leur explique comment Robbie fabrique et prépare lui-même la nourriture, le robot est applaudi comme le « rêve de la femme au foyer » ; alors que le savant vient d’expliquer qu’il vit seul avec sa fille Altaïr depuis la mort de son épouse, un des lieutenants du vaisseau spatial fait la réflexion que « Robbie a développé de très charmantes touches féminines. »

Robbie aurait-il été créé pour suppléer l’épouse et la mère manquante ? En tout cas, touche après toute, c’est un robot très peu masculin qui apparaît, bien loin de ce que les affiches du film annoncent, un robot qui endosse au contraire des rôles de genre considérés comme féminins dans la cellule familiale traditionnelle dont le cadre est reconstitué sur Altaïr 4, dans le décor d’une villa moderne à la pointe de la domotique, digne du salon Motorama bien terrestre et contemporain.

Aussi conventionnelle soit-elle, la touche féminine de Robbie est une touche qui l’humanise, alors que sa maîtresse, née sur Altaïr 4, élevée dans la solitude et dépourvue de toute compétence sociale, multiplie au contraire les signes d’une inquiétante déshumanisation, notamment lorsqu’elle fait pour la première fois l’expérience du flirt avec le commandant de la mission, expérience qui la laisse totalement froide, malgré l’attirance qu’elle dit exprimer : rien d’humain, ni émotion, ni sentiment ne semblent la toucher, lui reproche son compagnon.

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