Source : Machines célibataires : la fabrique du posthumain par Arnauld Pierre, éditions Macula
Hadaly, « l’andréïde », du savant Edison dans
L’Ève future de Villiers de l’Isle-Adam (1886) réalise dans son corps et
dans son esprit entièrement mécanique toutes les perfections physiques et
morales qui la rendent dignes du jeune Lord Ewald, son destinataire. Mais
l’union n’aurait jamais lieu : « Hadaly demeure l’Idéal.
Vierge où célibataire, elle ne propose qu’une
hiérogamie impossible. » Nés sans mère, dit encore le mythographe,
« LA GÉNÉRATION ARTIFICIELLE (déjà tout à fait en vogue ces derniers
temps) » disait le romancier, elle ne connaîtra pas de descendance :
« L’Ève de Villiers n’est pas une femme ni un ange et encore moins la mère
d’une nouvelle génération de femmes, elle est la réponse dialectique par
laquelle la femme reléguée au rang d’objet stérile et sans âme par la machine
célibataire masculine, se change elle-même en machine célibataire »
(Michel Carrouges)
Source d’une vie luciférienne chez Shelley et chez Villiers, l’électricité est en revanche la seule force capable de venir à bout du Surmâle attaché à la « machine à inspirer l’amour » à la fin du « roman moderne » (c’est son sous-titre » d’Alfred Jarry (1902) dont Carrouges explore l’œuvre pour y détecter plusieurs autres structures célibataires, telles que celle de la Machine, le « Dieu métallique qui ne veut point de fils » à laquelle Haldern et Ablou, les personnages éponymes de sa pièce Haldernablou (1894), lancent cette invocation : » Tu te suffis à toi-même, Onan du métal de ton sexe ! »
Carrouges plonge ensuite dans le foisonnement d’inventions qui peuplent les romans de Raymond Roussel, où les plus improbables machines, mannequins et automates dans Impressions d’Afrique (1914), sont les accessoires de mises en scène comparables à « de véritables liturgies magiques » où se célèbre « l’optimisme prométhéen » de leur auteur et qui résonnent si fort sur l’imagination d’Apollinaire, Picabia et Duchamp, venus assister en 1912 au Théâtre Antoine à une fameuse représentation d’Impressions d’Afrique.

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