La rêverie a quatre domaines, quatre pointes par
lesquelles elle s’élance dans l’espace infini. Pour forcer le secret d’un vrai
poète, d’un poète sincère, d’un poète fidèle à sa langue originelle, sourd aux
échos discordants de l’éclectisme sensible qui voudrait jouer de tous les sens,
un mot suffit : « Dis-moi quel est ton fantôme ? Est-ce le
gnome, la salamandre, l’ondine, la sylphide ? » Or, l’a-t-on
remarqué, tous ces êtres chimériques sont formés et nourris d’une manière
unique : le gnome terrestre et condensé vit dans la fissure du rocher,
gardien du minéral et de l’or, gorgé des substances les plus compactes ;
la salamandre, tout en feu se décore sa propre flamme ; l’ondine des eaux
glisse sans bruit sur l’étang et se nourrit de son reflet ; la sylphide
que la moindre substance alourdit, que le moindre alcool effarouche, qui se
fâcherait peut-être d’un fumeur qui « souille son élément »
(Hoffmann) s’élève sans peine dans le ciel bleu, heureuse de son anorexie.
Gaston Bachelard : La Psychanalyse du feu

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