Conspiration du silence

 

À chaque livre que je publiai, j’attendis une voix, qui sût trouver les justes phrases, mais il ne s’en éleva point. Je ne perçus au milieu du silence, à peu près unanime, que le bourdonnement des lieux communs et la rumeur des parallèles imbéciles. Devant cette faillite, il ne me resta que la solitude et le mépris, je refusai les amitiés littéraires, je n’avais pas de temps à consumer pour lire les romans de mes complices, pour écouter leurs conférences, ou par aller claquer leurs pièces de théâtre. Aussi m’ignora-t-on et m’ignorera-t-on. La camaraderie n’est pas mon fort, je n’aime point faire la roue devant les autres ni recevoir leurs plaintes ou leurs confidences… Heureux les méconnus, en un pays où toute gloire est une conjuration et rien d’autre.

Albert Caraco : Ma confession

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