« Voilà ce que c’est de lire toute cette connerie de science-fiction »

 

Source : Cogippunk, comment le monde est devenu une dsytopie discount par Benjamin Patinaud, éditions Au Diable Vauvert

Le terme cyberpunk a été inventé sur une bonne vieille machine à écrire. Considéré comme le père du cyberpunk, l’écrivain William Gibson ne connaît en réalité pas grand-chose à l’informatique. À l’époque, il traçait depuis longtemps sa route au cœur de la contre-culture, sillonnant le monde entier pour échapper à la conscription, fumer de l’herbe et vivre l’amour libre avec des nanas hippies. Il continue aujourd’hui à tenir haut et fort des positions progressistes sur ce « cyberespace » advenu mais un peu décevant que constituent les réseaux sociaux.

L’auteur de la génération post-cyberpunk suivante, Neal Stephenson, considère quant à lui que « c’est presque toujours un désastre lorsqu’un romancier décide de devenir politique. Il ne voit en revanche aucun inconvénient à se faire le barde de milliardaires. Il travaille directement avec Jeff Bezos ou un Mark Zuckerberg tellement fan qu’il a renommé sa corporation d’après son œuvre. Stephenson se montre également enthousiaste envers les cryptomonnaies dont on lui attribue la prédiction dans son Cryptonomicon (1999)

Dans Confession d’un ex-cyberpunk, Lewis Shiner, auteur de la première vague, se rappelle le puissant sentiment d’appartenir effectivement à un mouvement qui remisait au placard les futurs poussiéreux de la science-fiction à l’ancienne. Cette contre-culture qui pour lui se définissait par une culture globale, l’anarchie et une prose énergique, a perdu son sens à mesure qu’elle devenait dominante, tel un virus, transformée en formule inoffensive reposant sur « une obsession pour les biens matériels et les solutions techniques d’ingénieurs » et promouvant des fantasmes de pouvoir dans le culte du héros solitaire, où on accepte « la Nature comme morte, la violence et la rapacité, comme inévitable. »

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