« Mes chansons sont des lettres que je m’envoie à
moi-même. » (Douglas Pearce)
Le livre imprimé a un poids que la musique
ignore et c’est là sa faiblesse insigne. Le livre le plus savant, ou le
plus divertissant, sera plus vite oublié qu’une mélodie minimaliste, capable de
se transposer n’importe où, d’être interprétée avec le minimum d’instruments. Et
c’est ainsi que le chant du rossignol survivra à n’importe quelle boîte à
musique. Le principe de sélection naturelle s’applique aussi aux œuvres de
l’esprit : le plus fort, le plus sophistiqué ne l’emporte pas
nécessairement ; celui qui vainc est juste assez adapté pour franchir
l’épreuve du feu. Au pire, cela implique une certaine médiocrité, au mieux le génie des simples, de l’œuf de Colomb, ou, tout simplement de la chance.
En revanche, pour qui ne se soucie pas de laisser une postérité
physique, rien en ce monde, le livre peut constituer un équivalent du paradis des
croyants. Même s’il n’en subsiste aucune trace, même s’il est mal écrit,
incompréhensible, sans public, orphelin, même s’il s’agit d’une fiction purement privée, vouée à
disparaître avec celui qui l’a écrite et qu'il n'en reste qu'une mue de serpent, écorce morte d'où l'expérience originelle s'est évanouie à jamais, il reste l'ultime recours : c’est là où j’irai, et je retrouverai
mes vieux copains et nous fêterons notre départ de cette horrible planète
belge.
« Tout homme qui s’accomplit, comme le papillon ou le pissenlit, atteint cette autre dimension que nous appelons la quatrième et que les croyants appellent le Ciel. C’est l’état d’accord parfait, et l’homme qui y parvient aura sa paix éternelle, soit qu’il serve ou qu’il commande à sa vie. » (D.H. Lawrence)
Frank Brecht : Nachlass

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