Les ténèbres nous ont nourris. Elles sont l’infini, la
source originelle. Au commencement étaient les ténèbres, matrice où fut conçu
l’univers. Mais ces ténèbres renferment leur contraire. S’il y a nuit
universelle, infinie, il y a lumière universelle, infinie, car l’un ne peut
exister qu’en vertu de l’autre. De sorte que, si les ténèbres existent à
l’origine, la lumière doit exister à la fin. Les deux moitiés sont relatives
l’une à l’autre. Dans la sombre matrice originelle pénètre le rayon de l’ultime
lumière et le temps est engendré, conçu. Là est le commencement de la fin. Nous
sommes le commencement de la fin et c’est là, dans la matrice, que nous
mûrissons à la naissance, afin de prendre conscience de la fin.
Odilon Redon : Fuite hors d’Égypte
D.H. Lawrence : Réflexions sur la mort d’un
porc-épic

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