Syzygie

 

Source : Les deux visages de l’un : le couple divin dans la kabbale par Charles Mopsik, préface de Moshé Idel, éditions Albin Michel

Il est possible qu’un autre vestige de l’existence d’une entité féminine céleste dans le judaïsme  de la fin de l’Antiquité ait subsisté dans un écrit apparenté à la littérature des Palais, que fit connaître son éditeur suédois, Hugo Odelberg, sous le nom de III Hénoch. Dans cet ouvrage qualifié par Henry Corbin de « somme de l’angélologie juive », Hénoch, le patriarche antédiluvien, raconte comment il a été élevé au grade de l’ange le plus haut et comment il est devenu Métatron, le prince de la Face divine, appelé aussi « le petit YHVH. » Relatant son ascension vers le ciel, il déclare : « Le Saint, béni soit-il, m’a marié (Zvigani) à la hauteur en tant que prince et que chef parmi les anges officiants. »

Le Verbe qui est employé dans cette version (d’autres versions portent simplement netanani) connote l’idée de mariage et d’accouplement. Il fait également référence à la rencontre de l’homme et de son alter ego angélique. Il serait sans doute excessif d’accorder une signification déterminante à la formulation précise rencontrée dans ce passage.

Mais il ne faut pas exclure qu’affleure ici la trace d’une mystique nuptiale plus développée, qui situait dans la hauteur du ciel une forme de mariage spirituel, par lequel le mystique s’unirait, selon une métaphore conjugale, à une entité céleste de sexe opposé. L’union eschatologique de l’homme avec son ange qui est son double céleste, sa moitié jumelle qui est venue en ce monde, en même temps que lui et qui partage avec lui un même destin, est présentée dans un passage des Extraits de Théodote comme une union conjugale.

« Dès lors, tous les éléments pneumatiques, après avoir déposé leurs âmes, en même temps que la Mère emmène son Epoux, emmènent eux aussi comme époux leurs Anges : ils entrent dans la Chambre nuptiale à l’intérieur de la Limite et ils s’en vont vers la vue du Père, devenus Eons intelligents, pour les noces intellectuelles et éternelles de la syzygie. »

Les anges dans ce texte sont représentés comme des entités mâles et les hommes pneumatiques (les gnostiques valentiniens en l’occurrence) comme des entités femelles avec lesquelles ils forment syzygie, chaque couple reconstitue ainsi pour son propre compte le Plérôme, la plénitude divine. Le motif de la Chambre nuptiale apparaît fréquemment dans certains textes gnostiques comme l’Evangile de Philippe. Cette chambre nuptiale est le modèle céleste du Saint des Saints, au plus profond du Sanctuaire.

Commentaires