Parmi nos souvenirs, il en est dont les images sont
d’une netteté toute particulière ; nous voyons certaines périodes de notre
passé comme par un trou de serrure ou comme à travers les hublots des panoramas
qu’on montrait autrefois dans les foires. Chaque fois que de telles images
apparaissent, surgissant tout à coup, comme si l’on ôtait un écran, nous
remarquons qu’il ne s’agit pas d’événements où la conscience ait eu à fournir
un où nous n’avons participé que de manière obscure et léthargique qui nous
sont restés les plus présentes. Une vieille femme, par exemple, nous prend par
la main et nous conduit dans la chambre où le grand-père est mort. De tels
souvenirs restent longtemps endormis ; ils sont pareils à des pellicules
exposées à des rayons invisibles et que nous sommes capables un jour de développer.
Ernst Jünger : Le Cœur aventureux

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