Selbstentfremdung

 

L’introduction générale de presque tous les écrits mandéens dit : « Au nom de la grande, première, vie étrangère venant des mondes sublimes de la lumière, qui se trouve au-dessus de toutes les œuvres. » Dans cette introduction, il y a déjà le fil conducteur pour la compréhension du sentiment de vie apocalyptique gnostique ; Dans l’aire de l’apocalyptique, retentit pour la première fois le thème de l’aliénation à soi-même. L’être étranger est le premier grand mot originaire de l’apocalyptique et il est d’ailleurs tout à fait nouveau dans toute l’histoire du genre humain. Le mot originaire de l’étrangeté et le thème de l’être étranger à soi parcourt toute la littérature gnostique apocalyptique. À l’homme étranger des Mandéens correspondent le « Dieu étranger » de Marcion, le « dieu inconnu » de la gnose, « le voilé » des Apocalypses, et finalement, le « panton epékeina », l’au-delà de tout de la philosophie néo-platonicienne. On peut donner la formule suivante comme clef de compréhension de la manière d’être apocalyptique gnostique : le Dieu des Mandéens et celui de Marcion et celui de Plotin ne font qu’un. Le fond commun, c’est l’être étranger de Dieu et du monde et, par conséquent, l’aliénation de l’homme à soi-même.

Jacob Taubes : Eschatologie occidentale

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