Puisque le ciel ne répond plus au discours de l’homme,
on veut le contraindre à parler comme un juge contraindrait un témoin. Certes,
le ciel, sous la contrainte, va s’enfermer de plus en plus dans le silence, et
la parole de l’homme exprime désormais les signes de la raison ré-réfléchissante,
se reflétant elle-même comme dans un miroir et qui ne pénètre plus que dans
l’espace vide et non en Dieu. C’est pourquoi la prière comme culte formel est
« une illusion superstitieuse. » Seul « l’esprit de la
prière » est permis qui peut avoir lieu sans cesse en l’homme. Car dans ce
désir en tant qu’esprit de la prière, l’homme ne cherche qu’à agir sur lui-même
(pour vérifier son état d’esprit au moyen de l’idée de Dieu) mais dans l’autre
désir, où il s’exprime en parles, extérieurement, il cherche à agir sur Dieu.
Dans le premier sens, une prière peut avoir lieu en pleine sincérité, même si
l’homme ne prétend pas pouvoir certifier complètement l’existence de Dieu. Dans
la seconde forme en tant que discours adressé à un interlocuteur, il considère
que cet objet sublime est présent personnellement… Que l’on surprenne un homme
en train de parler à voix haute avec lui-même, on le jugera de la même façon,
pas tout à fait à tort, si on le rencontre seul, occupé à une activité ou ayant
un comportement que ne peut avoir que celui qui a quelqu’un en dehors de lui
devant ses yeux.
Piotr Stachiewicz : Mélancolie
Jacob Taubes : Eschatologie occidentale
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