Savoir, vouloir, oser, se taire

 

Dans l’alchimie, les ponts vers l’au-delà sont déjà coupés et c’est l’homme qui doit exécuter l’œuvre de rédemption et c’est à l’anima mundi liée à la matière, à l’âme du monde insufflée dans la matière qu’il attribue l’état de souffrance, ayant donc besoin de la rédemption. L’œuvre catholique de l’homme a lieu en l’honneur du Dieu rédempteur en réponse à la Parole de rédemption. L’homme protestant renonce à toute œuvre en l’honneur de Dieu, car il ne peut plus présupposer l’unité ptoléméenne du ciel et de la terre, et il s’en remet pour la rédemption à la pure grâce. L’œuvre alchimique est fondée positivement sur la terre copernicienne sans ciel et représente l’effort de l’homme en tant que sauveur qui délivre l’âme du monde qui dort dans la matière et attend la rédemption. Le chrétien catholique obtient ex opera operato les fruits de la grâce, le chrétien protestant, qui est sur la terre copernicienne et n’a plus de ciel au-dessus de lui auquel offrir son œuvre en sacrifice, se fait offrir librement la grâce comme pure grâce. L’alchimiste, en revanche se procure ex opere operantis, un remède pour la vie qui remplace pour lui les moyens de la grâce de l’Église ou qui complète l’œuvre de rédemption accomplie par Dieu.

Jacob Taubes : Eschatologie occidentale

Commentaires