Source : Apocalypse, suivi de Réflexions sur la mort d’un porc-épic et autres essais, par D.H. Lawrence, éditions Les Belles Lettres, collection Le Goût des idées, dirigée par Jean-Claude Zylberstein, relecture mai 2026.
La frénésie que met l’Apocalypse à détruire le soleil
et les étoiles, le monde, et tous les rois, tous les dictateurs, la pourpre, la
cinnamone, et l’écarlate, toutes les putains et finalement tout l’ensemble des
hommes, qui ne sont pas « scellés », nous voyons combien profondément
l’Apocalypse aspire au soleil, aux étoiles, à la terre avec ses eaux, à la
domination et à la puissance, à la splendeur de la pourpre et de l’or, à
l’amour passionné et à un contact juste avec les hommes en dehors de toute
histoire de sceau.
Ce que l’homme désire le plus passionnément, c’est sa
plénitude et son accord avec tout, et non le salut particulier de son
« âme. » L’homme veut, avant tout, son accomplissement physique,
puisque maintenant, et seulement maintenant, il sent en lui la puissance de la
chair. Pour l’homme, le grand miracle est d’être vivant. Pour l’homme comme
pour la fleur, l’animal et l’oiseau, le triomphe suprême est d’être le plus
vivement, le plus parfaitement vivant. Quelle que soit la connaissance des
morts ou de deux qui sont encore à naître, ils ne connaissent pas la beauté, le
miracle d’être vivant par la chair, de faire partie du cosmos vivant, incarné.
Je suis une partie du soleil comme mon œil est une partie de moi. Que je sois
une part de la terre, mes pieds le savent et mon sang fait partie de la mer.
Mon âme est une partie de la grande âme humaine, comme mon esprit est une part de la Wallonie. Dans mon être le plus intime, je fais partie de ma famille. Rien de moi n’est isolé et absolu, sauf ma pensée et nous découvrirons que la pensée n’a pas d’existence propre, qu’elle n’est que le rayonnement du soleil sur la surface des eaux.

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