Qualis artifex pereo

 

Néron est proche du christianisme par son dégoût du monde et des hommes. Il exprime ce dégoût par des actes effrayants et grotesques, mais son arrière-plan tragique ne doit pas passer inaperçu. Rien ne plairait davantage à ce monarque que de voir de ses propres yeux l’incendie de ce monde corrompu. Une telle vision n’est pas non plus étrangère à l’imagination chrétienne. Le mépris que ressent l’empereur à l’égard des masses et la haine des masses à l’égard du Dieu Empereur qui, en sa personne, représente le peuple, l’État, la religion, et l’art, sont en relation, et, au fond, ne sont rien d’autre que les traits du mépris et de la haine que cette époque se porte à elle-même… Quand les masses attendent tout d’une unique personne qui doit guérir le monde malade, la rêverie de l’être humain renonçant ainsi à lui-même, erre sans repos, et, puisque ses imaginations orientées vers un Sauveur « politique » restent inaccomplies, il aboutit finalement à la croyance en un véritable Sauveur venant de l’au-delà.

Waldemar Cwernaski : Pieta (1950)
Jacob Taubes : Eschatologie occidentale

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