Pourquoi l’identité wallonne n’a-t-elle pas de contenu
en dehors du « respect » et de l’« hospitalité » envers les
autres ? Après trois générations, faire semblant de parler italien, est-ce
une preuve d’intégration ? À présent, les belgo-espagnols
protestent : eux aussi veulent leur part de respect subventionné. Et
demain, quels autres candidats ? Pourquoi l’histoire des Wallons, pour autant
qu’ils en aient une, n’est-elle pas enseignée ou, sous des formes dérisoires et
incompréhensibles : un folklore et un patois rétrospectifs, une recréation
malsaine, une camisole de stéréotypes tellement ridicules et haïssables que
personne ne veut y ressembler.
Florilège : Grandgagnage, qui invente le terme Wallonnie
(avec deux n) dans un « recueil de poèmes humoristiques » ;
Jules Destrée, qui parle de nous comme un boyard de ses âmes ou un yankee de
ses nègres ; les poésies navrantes de Lovegnée et les autres
baragouineurs patoisants ; la petite Gayole de Bob Dechamps ou la
silicose consentante ; les liègeoiseries de Tomsin qui s’y croit parce
qu’il a son rond de serviette chez Vlan ; les défilés bièreux du quinze août,
avec leur pseudo-république du vomi royal, et puis, Tchantchès : la
marionnette à tête d’ivrogne, au groin de porc qui grommelle son bonheur d’être
un esclave. Encore fallait-il nous préciser qu’elle est d’origine italienne,
manière de dire : « Vous seriez même trop c… pour inventer un truc
pareil. »
Et après ? Vous en voulez encore ? On
pourrait continuer ad nauseam sans jamais reconnaître un visage dans la galerie de portraits truqués qu’ils nous présentent. C’est nous, ça ? Mes ancêtres
ressemblaient à cette tribu ? On dirait les pires clichés colonialistes, des
noirs en pagne, avec un os en travers du nez qui font les bamboulas pour amuser le colon. Mais enfin, ce folklore n’est pas
du racisme. Il n’y a pas de racisme anti-wallon, puisqu’il n’y a pas, puisqu’il
n’y a jamais eu de peuple wallon. Avouez, c’est tellement belge qu’il suffisait
d’y penser.
Tchao pantins, gardez-le, votre folklore débile. On est sur la même planète, mais pas du même monde.
Crève Belgique !
Frank Brecht : Nachlass

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