« The myth is real, let’s eat ! »

 

Dans la saga Matrix, pleine de prophéties auto-réalisatrices, c’est en l’invitant à ne pas « s’en faire pour le vase cassé », que l’Oracle pousse Néo à le renverser. Comment savait-elle qu’il allait le briser ? Le résultat importe peu : « L’auriez-vous aussi démoli si je ne vous avais rien dit ? » Les récits d’anticipation rencontrent la limite indépassable du « problème de l’ours blanc », intimer à quelqu’un de ne pas penser à un ours blanc, où leur pouvoir de séduction se change en handicap supplémentaire. Dès lors qu’Hadès a exigé d’Orphée qu’il sorte de l’enfer sans jamais regarder Eurydice à sa suite, il apparaissait prévisible qu’au dernier moment, il tournerait les yeux sur elle. « Ne te retourne surtout pas. » Nous connaissons tous l’effet contreproductif de cette injonction. Plus l’avertissement est inquiétant, plus le besoin d’y désobéir se fait impérieux. Le cas de nos enfers dystopiques se révèle plus épineux encore, puisque c’est du futur lui-même qu’ils nous invitent à nous détourner. Les prédictions de Cassandre semblent aggraver l’attrait de ses pairs pour les chevaux de bois. De même, Jurassic Park est un film qui défend avec force arguments que ramener des dinosaures à la vie n’est pas une bonne idée. Et pourtant, le même film nous donne effectivement envie de ramener des dinosaures à la vie.

Benjamin Patinaud : Gogippunk

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