J’appelle mur du réel le point à partir
duquel des contraintes matérielles, institutionnelles ou physiques
irréversibles modifient les conditions ordinaires de maintien d’une croyance,
et il implique un changement de régime, car les stratégies habituelles de
négociation avec les faits cessent de fonctionner. Tant que l’individu évolue
dans un espace essentiellement discursif — médias, réseaux sociaux, récits
concurrents, controverses à distance — la croyance conserve une large
plasticité interprétative. Elle peut absorber les contradictions, redistribuer
les responsabilités, reformuler les causes, ou disqualifier les sources
adverses. Lorsque l’environnement impose des procédures, des hiérarchies, des
risques physiques ou juridiques, cette marge d’ajustement se réduit
brutalement. Les conséquences ne relèvent plus de l’interprétation ; elles
s’imposent comme des faits opérants, indépendants des cadres explicatifs
mobilisés.
Thomas C. Durand : Le complotisme face au mur du réel

Commentaires
Enregistrer un commentaire