Source : La Science de l’occulte par Rudolf Steiner, éditions Triades, collection Science de l’esprit, relecture après très longtemps
Le Grec voyait l’au-delà comme peuplé d’ombres. Il ne s’agit pas d’une simple formule mais du sentiment de la vérité lorsque le héros attaché à la vie des sens déclare : « Mieux vaut être un mendiant sur terre qu’un roi dans l’empire des ombres. » Ce sentiment était encore plus accentué chez les peuples asiatiques dont l’adoration et la prière s’adressaient à des images plutôt qu’aux archétypes spirituels. Une grande partie de l’humanité se trouvait dans cette situation à l’époque de la civilisation gréco-latine.
On voit ainsi comment la mission de l’homme à l’ère post-atlantéenne, c’est-à-dire sa prise de possession du monde physique sensible, l’a nécessairement amené à devenir étranger au monde spirituel. Car la grandeur dans un certain domaine va inévitablement de pair avec une décadence dans un autre. On veillait dans les Mystères à maintenir le lien de l’homme avec le monde spirituel. Les initiés pouvaient y recevoir, dans des états de conscience particuliers, des révélations venant de ce monde. Ils étaient plus ou moins les successeurs de ceux auxquels avaient été confiés les oracles atlantéens. Il leur était révélé ce que les interventions de Lucifer et d’Ahriman avaient voilé.
Lucifer cachait à l’homme ce qui, venant du monde spirituel et sans qu’il y fût pour rien, avait pénétré dans son corps astral jusqu’au milieu de l’ère atlantéenne. Si son corps de vie n’avait pas été partiellement séparé de son corps physique, l’homme aurait pu découvrir en lui ce domaine du monde spirituel, comme une révélation intérieure. L’intervention de Lucifer a fait qu’il ne pouvait plus y parvenir que dans des états de conscience exceptionnels. Le monde spirituel, qui lui apparaissait alors, était revêtu d’astralité. Les entités de ce monde se révélaient à lui dans des formes uniquement constituées des éléments supérieurs de la nature humaine et portant les symboles, visibles, dans l’astral, de leurs forces particulières. Des formes suprahumaines se manifestaient de cette façon.
Après l’intervention d’Ahriman, une autre sorite d’initiation s’ajouta. Ahriman a voilé pour l’homme tout ce qui lui serait apparu du monde spirituel derrière ses perceptions sensibles si son intervention sensible n’avait pas eu lieu à partir du milieu de l’ère atlantéenne. Que tout cela ait été révélé aux initiés, ils le devaient au fait qu’ils s’exerçaient à développer dans leur âme toutes les facultés acquises par l’homme depuis cette époque, au-delà de ce qu’il faut pour avoir des impressions sensibles dans l’existence physique. Les puissances spirituelles qui sont cachées derrière les forces de la nature se révélaient ainsi à eux. Tout ce qui a travaillé sur Saturne, le Soleil et l’ancienne Lune à former les corps physique, éthérique et astral de l’homme, ainsi que les règnes minéral, végétal et animal, faisait l’objet des enseignements donnés dans une certaine sorte de secrets des Mystères.
C’étaient ceux sur lesquels Ahriman avait la haute main. Ce qui a donné naissance aux âmes de sensation, d’entendement, et de conscience, était révélé dans une deuxième sorte de secrets des Mystères. Mais ce qui ne pouvait être que prophétisé dans les Mystères, c’set que, dans la suite des temps, un homme allait naître qui serait doué d’un corps astral dans lequel, en dépit de Lucifer, le monde de la lumière de l’esprit solaire pouvait devenir conscient par l’intermédiaire de son corps de vie et sans que son âme doive se trouver dans des états physiques particuliers. Et cet homme devrait avoir un corps physique conçu de telle sorte qu’il pût lui être révélé tout ce qu’Ahriman peut cacher du monde spirituel jusqu’à la mort physique.
Pour cet homme, la mort physique ne peut rien changer à la vie, c’est-à-dire qu’elle est sans pouvoir sur celle-ci. Car le « moi » se manifeste en lui de telle façon que sa vie physique comporte en elle-même la pleine vie spirituelle. Cet être est alors le porteur de l’Esprit de lumière vers lequel l’initié s’élève par deux voies, selon qu’il est conduit, dans des états de conscience particuliers, vers l’esprit qui dépasse l’humain ou vers l’essence des puissances de la nature. En prédisant qu’un être de ce genre apparaîtrait un jour, les initiés des Mystères étaient les prophètes du Christ.

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